La dépression : Pourquoi avons-nous besoin de
nouveaux traitements?
Q. Pourquoi concentrer l’étude sur la
dépression, n’y a-t-il pas d’autres sujets plus
graves et plus urgents?
R. Au Canada, environ 11 % des hommes et 16 % des femmes
feront une dépression majeure au cours de leur vie, ce qui
en fait l’un des principaux enjeux de santé publique
de notre société. Il est prévu que la
dépression, actuellement au quatrième rang, deviendra
en 2020, la deuxième cause de morbidité et de
mortalité dans le monde. Pourtant, malgré des
progrès significatifs en neurosciences au cours des 20
dernières années, la dépression demeure une
maladie difficile à traiter.
Q. Vous êtes donc à la recherche de
nouveaux traitements contre la dépression?
R. En effet, nous avons besoin de nouveaux traitements. Des
études épidémiologiques suggèrent
qu’un déficit des apports alimentaires en
oméga-3 pourrait prédisposer à la
dépression. Les oméga-3 sont des constituants
essentiels à la structure et au fonctionnement du cerveau,
d’où l’importance d’aller vérifier
ces pistes.
La recherche sur les oméga-3
Q. Qu’est-ce qui justifiait
d’entreprendre une étude sur les oméga-3 et la
dépression?
R. Des études précédentes ont
suggéré qu’une déficience relative en
acides gras polyinsaturés de type oméga-3
prédisposerait à des troubles mentaux, dont la
dépression. Aussi, quelques études cliniques avec de
petits groupes de patients ont suggéré que des
suppléments d’oméga-3 avec de fortes
concentrations d’acide eicosapentanoïque (AEP), le
principal composant des suppléments d’oméga-3
étudiés dans cet essai, ont un impact favorable sur
les symptômes dépressifs chez les patients
n’ayant pas répondu à un traitement initial par
antidépresseurs. Cependant, une étude à plus
grande échelle, chez plus de patients, était rendue
nécessaire afin d’évaluer
l’efficacité ou non des oméga-3 chez les
patients souffrant de dépression majeure.
Q. Pourquoi 432 patients ont participé
à l’étude? Est-ce suffisant?
R. Tout à fait; c’est le nombre nécessaire
pour détecter une différence mesurant la
sévérité des symptômes
dépressifs, entre le traitement oméga-3 et le
placebo, tout en tenant compte qu’environ 15 % des patients
ne termineront pas les huit semaines de traitement. Il s’agit
d’une différence cliniquement significative, du
même ordre que celle observée avec des
antidépresseurs conventionnels.
Q. Y a-t-il d'autres études sur la
dépression en cours au CHUM actuellement?
Lesquelles?
R. Nous avons une étude sur les liens entre la
dépression et la maladie coronarienne subventionnée
par les Instituts de recherche en santé du Canada.
Q. Cette étude va-t-elle déboucher
sur d'autres? Lesquelles? Pourquoi? À quelle
échéance?
R. Nous espérons que la publication des
résultats encouragera d’autres groupes à
participer à ce type de recherche. Il faudra aussi
convaincre les organismes publics subventionnaires de
s’impliquer dans le financement de ce type
d’études.
Q. N'est-il pas un peu tôt pour conclure sur
l'efficacité des omega-3 contre la dépression? Les
études sur les antidépresseurs
«classiques» obtiennent souvent des résultats
négatifs.
R. La décision de prendre un traitement ou non sera
faite par chaque patient en discussion avec son médecin en
considérant les bénéfices et risques des
divers traitements disponibles.
Les résultats de l’étude sur les
oméga-3
Q. Les résultats ne semblent pas aussi
spectaculaires que vous auriez pu l’espérer; vous
soulignez plusieurs nuances quant à
l’efficacité du produit. Y a-t-il lieu
d’être déçu?
R. Pas du tout, au contraire. L’étude
démontre que la prise d’oméga-3 sous forme de
suppléments est efficace chez des patients souffrant de
dépression majeure sans trouble
d’anxiété.
Q. Quel serait le plus grand bénéfice
démontré par cette étude?
R. Plusieurs patients abandonnent la prise de
médicaments dans les premiers mois du début du
traitement, sans compter ceux qui refusent les traitements à
cause de la crainte d’être stigmatisés ou
d’effets secondaires. Il n’est donc pas surprenant
qu’un nombre significatif de patients souffrant de
dépression majeure utilisent des traitements dits
alternatifs, en dehors du système de santé. Plusieurs
de ces traitements n’ont pas été
évalués adéquatement, d’où la
nécessité d’évaluer si l’un des
plus populaires d’entre eux, la prise d’oméga-3,
est efficace.
Q. N'avez-vous pas peur que les personnes
actuellement sous antidépresseurs abandonnent leur
traitement conventionnel au profit des oméga-3 avec des
risques majeurs pour leur santé?
R. C’est un risque avec tout nouveau traitement et il
est important d’insister que tout changement dans le
traitement doit être discuté avec son médecin
traitant.
Avis : Ces réponses à vos
questions ne constituent pas un avis médical. Nous vous
suggérons fortement de communiquer avec votre médecin
en cas de problème de santé soudain, avant de
commencer tout traitement, ou pour de plus amples renseignements
sur les thèmes traités ici.