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22 juin 2010 > Des réponses à vos questions sur la prise d'oméga-3 dans le traitement de la dépression

La dépression : Pourquoi avons-nous besoin de nouveaux traitements?

Q. Pourquoi concentrer l’étude sur la dépression, n’y a-t-il pas d’autres sujets plus graves et plus urgents?

R. Au Canada, environ 11 % des hommes et 16 % des femmes feront une dépression majeure au cours de leur vie, ce qui en fait l’un des principaux enjeux de santé publique de notre société. Il est prévu que la dépression, actuellement au quatrième rang, deviendra en 2020, la deuxième cause de morbidité et de mortalité dans le monde. Pourtant, malgré des progrès significatifs en neurosciences au cours des 20 dernières années, la dépression demeure une maladie difficile à traiter.

Q. Vous êtes donc à la recherche de nouveaux traitements contre la dépression?

R. En effet, nous avons besoin de nouveaux traitements. Des études épidémiologiques suggèrent qu’un déficit des apports alimentaires en oméga-3 pourrait prédisposer à la dépression. Les oméga-3 sont des constituants essentiels à la structure et au fonctionnement du cerveau, d’où l’importance d’aller vérifier ces pistes.

La recherche sur les oméga-3

Q. Qu’est-ce qui justifiait d’entreprendre une étude sur les oméga-3 et la dépression?

R. Des études précédentes ont suggéré qu’une déficience relative en acides gras polyinsaturés de type oméga-3 prédisposerait à des troubles mentaux, dont la dépression. Aussi, quelques études cliniques avec de petits groupes de patients ont suggéré que des suppléments d’oméga-3 avec de fortes concentrations d’acide eicosapentanoïque (AEP), le principal composant des suppléments d’oméga-3 étudiés dans cet essai, ont un impact favorable sur les symptômes dépressifs chez les patients n’ayant pas répondu à un traitement initial par antidépresseurs. Cependant, une étude à plus grande échelle, chez plus de patients, était rendue nécessaire afin d’évaluer l’efficacité ou non des oméga-3 chez les patients souffrant de dépression majeure.

Q. Pourquoi 432 patients ont participé à l’étude? Est-ce suffisant?

R. Tout à fait; c’est le nombre nécessaire pour détecter une différence mesurant la sévérité des symptômes dépressifs, entre le traitement oméga-3 et le placebo, tout en tenant compte qu’environ 15 % des patients ne termineront pas les huit semaines de traitement. Il s’agit d’une différence cliniquement significative, du même ordre que celle observée avec des antidépresseurs conventionnels.

Q. Y a-t-il d'autres études sur la dépression en cours au CHUM actuellement? Lesquelles?

R. Nous avons une étude sur les liens entre la dépression et la maladie coronarienne subventionnée par les Instituts de recherche en santé du Canada.

Q. Cette étude va-t-elle déboucher sur d'autres? Lesquelles? Pourquoi? À quelle échéance?

R. Nous espérons que la publication des résultats encouragera d’autres groupes à participer à ce type de recherche. Il faudra aussi convaincre les organismes publics subventionnaires de s’impliquer dans le financement de ce type d’études.

Q. N'est-il pas un peu tôt pour conclure sur l'efficacité des omega-3 contre la dépression? Les études sur les antidépresseurs «classiques» obtiennent souvent des résultats négatifs.

R.  La décision de prendre un traitement ou non sera faite par chaque patient en discussion avec son médecin en considérant les bénéfices et risques des divers traitements disponibles.

Les résultats de l’étude sur les oméga-3

Q. Les résultats ne semblent pas aussi spectaculaires que vous auriez pu l’espérer; vous soulignez plusieurs nuances quant à l’efficacité du produit. Y a-t-il lieu d’être déçu?

R. Pas du tout, au contraire. L’étude démontre que la prise d’oméga-3 sous forme de suppléments est efficace chez des patients souffrant de dépression majeure sans trouble d’anxiété.

Q. Quel serait le plus grand bénéfice démontré par cette étude?

R. Plusieurs patients abandonnent la prise de médicaments dans les premiers mois du début du traitement, sans compter ceux qui refusent les traitements à cause de la crainte d’être stigmatisés ou d’effets secondaires. Il n’est donc pas surprenant qu’un nombre significatif de patients souffrant de dépression majeure utilisent des traitements dits alternatifs, en dehors du système de santé. Plusieurs de ces traitements n’ont pas été évalués adéquatement, d’où la nécessité d’évaluer si l’un des plus populaires d’entre eux, la prise d’oméga-3, est efficace.

Q. N'avez-vous pas peur que les personnes actuellement sous antidépresseurs abandonnent leur traitement conventionnel au profit des oméga-3 avec des risques majeurs pour leur santé?

R. C’est un risque avec tout nouveau traitement et il est important d’insister que tout changement dans le traitement doit être discuté avec son médecin traitant. 

Avis : Ces réponses à vos questions ne constituent pas un avis médical. Nous vous suggérons fortement de communiquer avec votre médecin en cas de problème de santé soudain, avant de commencer tout traitement, ou pour de plus amples renseignements sur les thèmes traités ici.

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