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UNE PLATEFORME COMMUNE POUR L'ÉTUDE DES MALADIES
COMPLEXES
En 2005, grâce à des subventions importantes de la
Fondation canadienne pour l’innovation du gouvernement du
Québec et de
Génome Canada accordées à Pavel Hamet et Marc
Prentki, le
CRCHUM a pu se doter d’une plateforme technologique de
pointe pour
soutenir la recherche. Le but
est de comprendre les interactions entre les gènes et
l’environnement dans des maladies
complexes, notamment le diabète, les troubles
cardiovasculaires et les maladies liées au
vieillissement.
Regroupant des instruments de pointe et opérée par
des techniciens qualifiés, cette plateforme est
la seule du genre au
Canada qui réunit des composantes métabolique,
cardiovasculaire et comportementale en un même lieu, donnant
ainsi la
possibilité aux chercheurs d’explorer de
manière intégrée la complexité des
régulations physiologiques et leurs anomalies
associées aux maladies métaboliques et
cardiovasculaires.
Bien que les recherches soient de nature fondamentale
(c’est-à-dire sur des cellules ou des modèles
animaux),elles se situent
dans un continuum intégrant l’humain et
l’animal. « Puisqu’on ne peut pas aller
directement de la cellule à l’être humain,
la
plateforme fournit une étape intermédiaire sur des
cellules et sur des animaux », déclare Vincent
Poitout, directeur adjoint
scientifique à la recherche fondamentale.
Pourquoi des modèles animaux ? Le rongeur possède un
bagage génétique proche de celui de l’humain.
Près de 95 % de nos gènes
sont communs à ceux du rongeur; la seule différence
se situe dans leur organisation. Cette étape fondamentale et
préclinique
représente donc un passage obligé afin de comprendre
la genèse et les mécanismes des maladies, mais aussi
pour identifier et
valider des pistes prometteuses pour leur traitement avant de les
tester chez l’humain.
UN LIEU D'EXPERTISE, DE FORMATION ET DE PARTENARIAT AVEC
L'INDUSTRIE
La plateforme est concentrée au Technopôle Angus
à l’est de Montréal et bénéficie
d’une expertise technique et scientifique
apportée par de nombreux chercheurs du CRCHUM. Il
s’agit également d’infrastructures qui
accueillent des étudiants des cycles supérieurs ainsi
que des stagiaires postdoctoraux. Ces derniers sont
intégrés dans une quinzaine
d’équipes de recherche qui mènent des projets
dans un milieu caractérisé autant par la
multidisciplinarité que par des
collaborations avec des entreprises du secteur industriel.
D’ailleurs, la plateforme est également dispo-nible
pour des partenaires privés, qui eux, ne disposent pas
d’infrastructures
similaires ou ne possèdent pas l’expertise
développée au CRCHUM.
Menées dans des conditions optimales avec des
résultats de grande qualité, les recherches sont non
seulement publiées dans
des journaux prestigieux,mais ont également mené
à des avancées majeures dans la compréhension
des maladies. Trois chercheurs
du CRCHUM nous parlent de l’utilisation de la plateforme dans
leurs domaines respectifs.
UN RÉCEPTEUR QUI MODIFIE LA SÉCRÉTION
D'INSULINE – PLATEFORME MÉTABOLIQUE
Thierry Alquier est spécialisé en diabète.
Cette maladie, touchant plus de 150 millions de personnes dans le
monde, dont 650
000 au Québec, est causée par un manque total (type
1) ou relatif (type 2) d’insuline. Ces défauts de
sécrétion ou de
sensibilité à l’insuline entraînent une
augmentation de la concentration de sucre dans le sang et, à
long terme des
complications graves, notamment pour les reins, les nerfs et le
coeur.
Thierry Alquier a voulu vérifier l’hypothèse
selon laquelle les acides gras augmenteraient la
sécrétion d’insuline via un
récepteur sur la surface des cellules qui
sécrètent l’insuline. « Grâce aux
moyens et aux outils de la plateforme, nous avons
réalisé des mesures précises et
découvert que la sécrétion d’insuline
était radicalement diminuée en l’absence de
ce
récepteur, mais que la sensibilité à
l’insuline demeurait, elle, inchangée
».
Ses expériences ont donc permis de prouver que ce
récepteur jouait un rôle essentiel pour augmenter la
sécrétion d’insuline.
L’industrie teste actuellement un médicament qui
stimule ce récepteur. « Nos travaux
réalisés grâce à la plateforme ont donc
des applications directes dans le développement du
médicament, mais aussi dans la compréhension de la
maladie
diabétique en général ».
COMBATTRE L'HYPERTENSION – PLATEFORME
CARDIOVASCULAIRE
L’hypertension touche une personne sur cinq en
général et la moitié des plus de 70 ans !
Première cause de mortalité, cette
maladie est due à des facteurs génétiques et
environnementaux (stress, consommation de sel, etc.).
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Dr Pavel Hamet |
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Grâce aux travaux sur des rongeurs, le Dr Pavel Hamet,
titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique
prédictive,
a identifié le gène responsable de la
sensibilité au stress dans l’hypertension. Avec des
mesures biologiques (pression
artérielle, rythme cardiaque, etc.) enregistrées
jusqu’à 600 fois par minute chez des souris soumises
à des situations
stressantes (enfermement, etc.), il a démontré que le
stress cause effectivement de l’hypertension.
Grâce à ces données, des interventions simples,
comme la pratique de l’exercice physique, ont permis
d’atténuer la réponse au stress et par
conséquent l’hypertension.
Même si la plupart des résultats sont
transférables de l’animal à l’humain, la
prudence demeure de mise. Pour le sel
notamment, le chercheur affirme que la réduction
prônée par les instances de santé ne
s’avère utile que pour 75 % des
patients.
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En privant des humains de sel, plusieurs chercheurs ont
observé un effet paradoxal où la pression
artérielle
continue d’augmenter chez 25 % d’entre eux. Il convient
de nuancer ces recommandations à large échelle.
Les expériences du Dr Pavel Hamet concernent
également le développement de médicaments
diminuant la pression artérielle
(antihyperten-seurs) qui ne seraient efficaces que chez la
moitié des patients. La plateforme permet de tester et de
cibler
le meilleur traitement pour un profil donné, avant
qu’il ne soit donné aux humains. Un premier pas vers
une médecine personnalisée !
VIEILLIR
EN SANTÉ – PLATEFORME PHYSIOCOMPORTEMENTALE
Plus on vieillit, plus on court le risque de souffrir
d’incapacités et de maladies. Ce problème se
présente avec acuité dans nos sociétés
où l’augmentation de l’espérance de vie
entraîne des coûts plus importants de soins et services
de santé.
Cette question est au coeur des travaux de Pierrette Gaudreau,
chercheuse au CRCHUM et directrice du Réseau
québécois de recherche sur le vieillissement, qui
étudie le vieillissement réussi,
c’est-à-dire sans maladie. Pour ce faire, une souche
de rats unique au monde tant leur longévité en bonne
santé est grande est utilisée. Concrètement,
Pierrette Gaudreau mesure les paramètres physiologiques tels
que la température corporelle et la force musculaire chez
des rats vieillissants. De plus, elle évalue leurs
comportements liés à l’appétit, à
l’anxiété et à la
mémoire.
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« Nos protocoles sont complexes et les appareils de la
plateforme nous fournissent des informations uniques pour
comprendre précisément comment les fonctions
physiologiques et les comportements sont atteints au cours du
vieillissement », explique Pierrette Gaudreau. Grâce
à des données obtenues comme la distance parcourue ou
le nombre d’erreurs avant de trouver la nourriture dans un
labyrinthe, il est possible d’explorer des questions
complexes : « Quels sont les gènes impliqués
dans la capacité d’apprentissage et de mémoire
au cours du vieillissement ? »
Aujourd’hui, la plateforme physiocomportemen-tale facilite la
compréhension des mécanismes du vieillissement.
À terme, elle permettra de développer des
interventions (nutrition, exercice), des médicaments ou des
suppléments qui pourront être bénéfiques
pour les aînés.
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Pierrette Gaudreau |
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