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Volume 2 - numéro 3, novembre 2010

 
ArchivesÀ propos de Recherche CRCHUM
 
  Yan Kestens
 


Mes quartiers...des environnements obésogènes ?


Qu’est-ce qui, dans notre milieu de vie, conditionne notre mode de vie et par ricochet, agit sur notre santé ? » C’est ce que cherche à savoir Yan Kestens, chercheur de l’axe Risques à la santé au Centre de recherche du CHUM.

Financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), Yan Kestens dirige actuellement plusieurs projets de recherche novateurs pour mieux comprendre les liens entre nos environnements géographiques de vie et notre santé. Pour ce faire, l’équipe du chercheur développe des nouvelles méthodes pour tenir compte de la mobilité quotidienne et ainsi améliorer l’éva-luation de l’exposition environnementale vécue au quotidien.

PAYSAGES ALIIMENTAIRES, DÉPLACEMENTS ET RISQUES À LA SANTÉ

Une des applications à ces travaux permettra de mieux comprendre comment nos environnements et nos espaces d’activité influencent nos choix alimentaires, ou encore l’usage des transports actifs, tels que le vélo, la marche ou le Bixi, le nouveau système de vélos en libre-service à Montréal. Ces travaux indiquent que les caractéristiques des quartiers que les gens fréquentent sont significativement associées à certains enjeux de santé comme l’obésité dans notre société.

« Nous savons déjà que certains types d’amé-nagements urbains favorisent l’obésité et que d’autres peuvent la prévenir », confie le chercheur. Par exemple, l’étalement urbain entraîne une augmentation du temps passé dans la voiture et, entraîne du même coup une diminution du transport actif (ex. : la marche, le vélo, etc.). Or, le transport actif contribue à maintenir un certain niveau d’activité physique.

Des villes étalées et plus dépendantes de l’automobile contribuent donc directement au problème de surpoids et d’obésité. « Cependant,dans les modèles épidémiologiques actuels, l’évaluation de l’exposition environnementale est généralement limitée au quartier résidentiel. Or, les gens sont de plus en plus mobiles et vivent dans des environnements variés » poursuit-il.

Les travaux du chercheur visent ainsi à mieux intégrer la mobilité quotidienne et les multiples expositions environnementales associées pour mieux décortiquer l’influence de nos environnements urbains sur la santé des populations. Ces méthodes, qui s’inspirent notamment de travaux dans les domaines de la géographie, des transports et de l’épidémiologie, permettront de développer des méthodes d’évaluation des risques en fonction des lieux que les gens fréquentent. « Ceci nous donnera un portrait plus précis des risques pour la santé selon l’âge, le sexe, le quartier de résidence et le patron spatial des individus.», note le chercheur.

RECONCEVOIR L'AMÉNAGEMENT URBAIN

Ce type de travaux devrait fournir des données probantes pour orienter les politiques d’aménagement et de santé publique, lesquelles auront certainement des échos auprès du gouvernement et des municipalités du Québec. « Ces travaux nous indiquent que les politiques d’intervention sur les environnements doivent sans doute être plus globales et que des approches trop ciblées risquent de rater l’objectif », précise Yan Kestens.

Par exemple, l’influence de la malbouffe ne se limite pas au quartier de résidence. En effet, si au bureau, on est exposé davantage à des restaurants de type malbouffe, il y a une plus grande probabilité que l’on consomme des repas riches en gras ou en sucre, plutôt que de s’approvisionner dans une fruiterie ou un marché public. 

Le fait que la ville puisse favoriser la santé est dépendant des choix d’aménagements : « Il faut guider les initiatives pour l’aménagement d’environnements qui favoriseront par exemple les déplacements actifs. Les bénéfices à des aménagements adéquats sont multiples, à la fois en terme de santé, d’empreinte environnementale,de qualité de vie et même de valeur foncière ». 

CARTOGRAPHIE EN SANTÉ EN TEMPS RÉEL

Avec trois financements récemment reçus des IRSC, Yan Kestens met en branle différentes études visant à analyser les liens entre les lieux fréquentés et la santé. Ces projets incluent le développement d’un outil de collecte de données sur les lieux d’activités, en collaboration avec Basile Chaix, un chercheur français de l’INSERM, qui dirige la cohorte RECORD visant à étudier les liens entre environnements et santé cardiovasculaire en région parisienne.

D’autres travaux visent à élaborer des mo-dèles de mobilité et d’exposition aux paysages alimentaires, en lien avec les données d’ali-mentation et d’indice de masse corporelle de l’Enquête sur la santé des collectivités canadiennes. Il développe également une infrastructure intégrant des dispositifs de mesures de localisation (GPS) et de mesure physiologique comme des cardiofréquencemètres, afin d’obtenir des données en temps réel sur la santé et les environnements vécus. « Ceci nous permettra de mieux documenter ce qu’une personne peut vivre dans son expérience quotidienne tout en permettant d’expliquer comment ce vécu peut influer sur sa santé », note Yan Kestens.

 

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