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Volume 2 - numéro 2, mai 2010

 
ArchivesÀ propos de Recherche CRCHUM
 
  Petronela Ancuta
 

Par Marie-Josée Richard

Des stratégies novatrices pour déjouer le VIH-SIDA

Depuis le début de l’épidémie, près de 60 millions de personnes ont été infectées par  le VIH dans le monde; de ce nombre, on a recensé 25 millions de décès liés au virus.  Même si les divers cocktails médicamenteux contre les ravages du VIH ont connu un  certain succès, permettant ainsi une meilleure qualité et espérance de vie aux  patients touchés, ils ne parviennent pas à éradiquer le virus. La chercheure  Petronela Ancuta du CRCHUM se penche sur cette question. 

LE VIH-SIDA, VU EN TROIS ÉTAPES

Ce virus s’attaque au système immunitaire, plus particulièrement aux lymphocytes T CD4+,
la molécule CD4 étant le principal récepteur du VIH. Il faut comprendre que les
lymphocytes
T CD4+, surnommés les « helpers », aident les autres cellules du système
immunitaire à combattre les infections.

Au cours de la première phase de la maladie, le système immunitaire reconnaît la présence d’un intrus, le VIH; le corps met donc en oeuvre son système de défense. On détecte alors la présence d’anticorps anti-VIH dans le sang. Rapidement, il y a une diminution du nombre des cellules T CD4+ surtout au niveau des muqueusesintestinales, signe que des « soldats » sont morts au combat. Cette phase peut durer entre six à huit semaines.

La seconde étape, la phase chronique, est d’une durée très variable, parfois jusqu’à dix ans ou plus quand la réponse à la thérapie antirétrovirale est favorable. Le niveau des lymphocytes
T CD4+ se maintient au-dessus de 300 cellules par microlitre
de sang, ce qui est acceptable, mais la présence du virus dans les cellules du système immunitaire augmente progressivement. Il s’agit d’une période de latence c linique mais non pas virale.

Finalement, à la dernière phase, la phase SIDA, le système immunitaire est très
affaibli : on retrouve moins de 200 cellules T CD4+ par microlitre de sang. Le VIH a de plus en plus le champ libre… et aussi tous les autres types de virus et de bactéries. Voici pourquoi les patients sont souvent emportés par les complications amenées par le VIH comme des infections opportunistes.

POUR SAISIR LES MÉCANISMES CELLULAIRES

 Le VIH ne s’attaque qu’à certaines des cellules T du système immunitaire; en ce sens, il s’agit d’un virus extrêmement sélectif. « Seulement une petite fraction, soit 0,1 à 10 % d’entre elles sont infectées » précise la chercheure. Mais lesquelles ?

Pour être efficaces, les antirétroviraux doivent être aussi sélectifs que le VIH, de manière à cibler seulement les cellules T infectées par le VIH. Un certain nombre des cellules T dites
« permissives » au VIH ont déjà été identifiées mais leur fonctionnement demeure un mystère.
« C’est en utilisant des approches de génomique fonctionnelle et en ayant accès à des cohortes de sujets infectés par le VIH bien caractérisées cliniquement, que l’on pourra arriver à comprendre mieux les bases moléculaires de la sélecti-vité du VIH » précise la chercheure. L’équipe de Petronela Ancuta est parvenue à identifier et à caractériser deux sous-groupes de cellules T qui jouent un rôle important dans l’immunité des muqueuses et sont largement responsables d’accueillir et de laisser répandre le VIH. Cette découverte permet de comprendre cet accueil et ainsi de raffiner la façon de concevoir des nouvelles interventions thérapeutiques ciblées.

La chercheure mise aussi sur une autre stratégie : « nous avons découvert que les cellules T CD4+ capables de migrer vers la muqueuse intestinale sont plus vulnérables au virus du SIDA » confie Petronela Ancuta, qui travaille étroitement avec une équipe composée d’une assistante de recherche, Annie Gosselin, une stagiaire postdoctorale, Patricia Monteiro, et deux étudiantes, Vanessa Wac Leche et Hanane Touil. « Nos recherches ciblent l’utilisation des récepteurs des chimiokines, plus précisément le CCR6, comme biomarqueurs des cellules migrant dans l’intestin et permissives au VIH. Ceci nous aidera à identifier des mécanismes moléculaires favorables à la réplication virale et à imaginer des nouvelles stratégies pour limiter la réplication du VIH dans ces cellules. »

VERS DES TRAITEMENTS PLUS INCISIFS

Avec ces acquis en poche, de nouvelles stratégies thérapeutiques pourraient être  mises au point, que ce soit en diminuant la virémie ou en renforçant la réponse du  système immunitaire du patient atteint du VIH. Les efforts de la scientifique se  concentrent sur les mécanismes cellulaires de la phase aiguë et chronique, avant que  le système immunitaire soit profondément affaibli et ne se déclare la phase SIDA,  voici qui apporte beaucoup d’espoir. « Évidemment, le scénario idéal est d’être  capable d’éradiquer complètement la maladie ! » soutient la chercheure. Pour le  moment, cependant, l’objectif est de mettre en place des interventions thérapeutiques  plus efficaces et ainsi améliorer la qualité et la durée de vie des patients. 

DES INVESTISSEMENTS VITAUX

Selon Petronela Ancuta, le fer de la lance de la recherche contre le SIDA : les investissements dans des infrastructures technologiques de pointe. En d’autres mots, il s’agit d’armes redoutables pour mieux comprendre cette maladie complexe ainsi que notre propre réponse immunitaire à cet intrus. À cet égard, grâce à une importante subvention du Fonds canadien de l’innovation, le CRCHUM pourra compter sous peu sur des plateformes à la fine pointe de la technologie permettant des expériences qui seraient impossibles à faire autrement. Plus important encore, ce renforcement des capacités de recherche aura un impact direct sur le développement des thérapies de pointe.

  

 

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