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LE VIH-SIDA, VU EN TROIS ÉTAPES
Ce virus s’attaque au système immunitaire, plus
particulièrement aux lymphocytes T
CD4+,
la molécule CD4 étant le principal récepteur
du VIH. Il faut comprendre que les
lymphocytes
T CD4+, surnommés les « helpers », aident les
autres cellules du système
immunitaire à combattre les infections.
Au cours de la première phase de la maladie, le
système immunitaire reconnaît la
présence d’un intrus, le VIH; le corps met donc en
oeuvre son système de défense. On
détecte alors la présence d’anticorps anti-VIH
dans le sang. Rapidement, il y a une
diminution du nombre des cellules T CD4+ surtout au niveau des
muqueusesintestinales,
signe que des « soldats » sont morts au combat. Cette
phase peut durer entre six à
huit semaines.
La seconde étape, la phase chronique, est d’une
durée très variable, parfois
jusqu’à
dix ans ou plus quand la réponse à la thérapie
antirétrovirale est favorable. Le
niveau des lymphocytes
T CD4+ se maintient au-dessus de 300 cellules par
microlitre
de sang, ce qui est acceptable, mais la présence du virus
dans les cellules du
système immunitaire augmente progressivement. Il
s’agit d’une période de latence c
linique mais non pas virale.
Finalement, à la dernière phase, la phase SIDA, le
système immunitaire est très
affaibli : on retrouve moins de 200 cellules T CD4+ par microlitre
de sang. Le VIH a
de plus en plus le champ libre… et aussi tous les autres
types de virus et de
bactéries. Voici pourquoi les patients sont souvent
emportés par les complications amenées par le VIH
comme des infections opportunistes.
POUR SAISIR LES MÉCANISMES CELLULAIRES
Le VIH ne s’attaque qu’à certaines des
cellules T du système immunitaire; en ce sens,
il s’agit d’un virus extrêmement sélectif.
« Seulement une petite fraction, soit 0,1
à 10 % d’entre elles sont infectées »
précise la chercheure. Mais lesquelles ?
Pour être efficaces, les antirétroviraux doivent
être aussi sélectifs que le VIH, de manière
à cibler seulement les cellules T infectées par le
VIH. Un certain nombre des cellules T dites
« permissives » au VIH ont déjà
été identifiées mais leur fonctionnement
demeure un mystère.
« C’est en utilisant des approches de génomique
fonctionnelle et en ayant accès à des cohortes de
sujets infectés par le VIH bien caractérisées
cliniquement, que l’on pourra arriver à comprendre
mieux les bases moléculaires de la
sélecti-vité du VIH » précise la
chercheure. L’équipe de Petronela Ancuta est parvenue
à identifier et à caractériser deux
sous-groupes de cellules T qui jouent un rôle important dans
l’immunité des muqueuses et sont largement
responsables d’accueillir et de laisser répandre le
VIH. Cette découverte permet de comprendre cet accueil et
ainsi de raffiner la façon de concevoir des nouvelles
interventions thérapeutiques ciblées.
La chercheure mise aussi sur une autre stratégie : «
nous avons découvert que les cellules T CD4+ capables de
migrer vers la muqueuse intestinale sont plus vulnérables au
virus du SIDA » confie Petronela Ancuta, qui travaille
étroitement avec une équipe composée
d’une assistante de recherche, Annie Gosselin, une stagiaire
postdoctorale, Patricia Monteiro, et deux étudiantes,
Vanessa Wac Leche et Hanane Touil. « Nos recherches ciblent
l’utilisation des récepteurs des chimiokines, plus
précisément le CCR6, comme biomarqueurs des cellules
migrant dans l’intestin et permissives au VIH. Ceci nous
aidera à identifier des mécanismes
moléculaires favorables à la réplication
virale et à imaginer des nouvelles stratégies pour
limiter la réplication du VIH dans ces cellules.
»
VERS DES TRAITEMENTS PLUS INCISIFS
Avec ces acquis en poche, de nouvelles stratégies
thérapeutiques pourraient être
mises au point, que ce soit en diminuant la virémie ou en
renforçant la réponse du
système immunitaire du patient atteint du VIH. Les efforts
de la scientifique se
concentrent sur les mécanismes cellulaires de la phase
aiguë et chronique, avant que
le système immunitaire soit profondément affaibli et
ne se déclare la phase SIDA,
voici qui apporte beaucoup d’espoir. «
Évidemment, le scénario idéal est
d’être
capable d’éradiquer complètement la maladie !
» soutient la chercheure. Pour le
moment, cependant, l’objectif est de mettre en place des
interventions thérapeutiques
plus efficaces et ainsi améliorer la qualité et la
durée de vie des patients.
DES INVESTISSEMENTS VITAUX
Selon Petronela Ancuta, le fer de la lance de la recherche contre
le SIDA : les
investissements dans des infrastructures technologiques de pointe.
En d’autres mots,
il s’agit d’armes redoutables pour mieux comprendre
cette maladie complexe ainsi que
notre propre réponse immunitaire à cet intrus.
À cet égard, grâce à une
importante
subvention du Fonds canadien de l’innovation, le CRCHUM
pourra compter sous peu sur
des plateformes à la fine pointe de la technologie
permettant des expériences qui
seraient impossibles à faire autrement. Plus important
encore, ce renforcement des
capacités de recherche aura un impact direct sur le
développement des thérapies de
pointe.
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