|
LE RÔLE DU SYSTÈME IMMUNITAIRE
Le système immunitaire nous défend contre les
maladies infectieuses, virales ou bactériennes, grâce
à des cellules dites «
tueuses », les lymphocytes T. La vaccination utilise un
processus de défense analogue, avec ses substances capables
de
combattre les cellules indésirables et même les
éliminer. Ainsi, des vaccins ont permis
d’éradiquer totalement plusieurs
maladies, dont la variole par exemple.
Lorsqu’une personne est atteinte du cancer (une personne sur
trois développera un cancer au cours de sa vie), «
c’est comme
si nos protections naturelles n’avaient pas
fonctionné, comme si les cellules cancéreuses avaient
traversé les mailles du
filet et que les lymphocytes T avaient failli à la
tâche », déclare Réjean Lapointe. Un
vaccin thérapeutique peut-il alors
être envisagé ?
LA VACCINATION ET LE CANCER : DES PISTES ENCOURAGEANTES ?
Plusieurs variantes de vaccination ont été
testées au cours des dernières années pour
tenter de traiter des cancers. « Et les
expériences ont démontré une réponse
immunitaire claire », précise Réjean Lapointe.
Cependant, malgré l’utilisation de
substances et d’adjuvants puissants, « la vaccination
anticancéreuse ne fonctionne toujours pas comme nous le
souhaitons »
puisque les cancers n’ont pas régressé, encore
moins disparu.
COMPRENDRE LA BIOLOGIE DES TUMEURS
Dans des tumeurs prélevées sur des tissus humains du
sein et du rein, « nous avons évalué comment
les cellules cancéreuses se
comportaient en présence des lymphocytes T », explique
Réjean Lapointe. Dans l’expérience
réalisée par une étudiante au
doctorat, Jessica Godin,l’objectif était
d’observer et de vérifier comment les cellules
cancéreuses pouvaient empêcher le
système immunitaire (en l’occurrence les lymphocytes
T) d’exécuter son rôle protecteur. «
Ça paraît simple, mais c’est un
processus extrêmement long, lourd et compliqué
», avoue Réjean Lapointe. On se serait attendu
à ce qu’il n’y ait pas ou peu
de réaction immunitaire dans le tissu cancéreux;
cette absence signalerait un processus de protection
déficient et
paradoxalement, c’est le contraire qui se produit – les
lymphocytes T sont bel et bien activés mais ne jouent
cependant pas
leur rôle.
Cette expérience a permis une découverte très
intéressante concernant le rôle de la protéine
IDO. Cette protéine jouerait un
rôle semblable à un interrupteur fermé, qui
neutraliserait les lymphocytes T, les rendant inactifs, et
permettant ainsi qu’un
cancer se développe « en toute impunité
». L’IDO est déjà connue chez le foetus
qui la produit pour contrer le rejet éventuel
de l’organisme de sa mère. « C’est donc un
phénomène naturel que nous avons mis en
évidence dans la prolifération
cancéreuse
», reconnaît Réjean Lapointe.
L’originalité de cette étude repose sur le fait
que c’est la première fois qu’un tel lien
est
établi entre l’IDO induit dans les cellules
cancéreuses et les lymphocytes T activés.
VERS UNE APPLICATION CLINIQUE
« Je ne prétends pas avoir LA solution,et le vaccin
est encore loin ! », déclare le chercheur. Maintenant
qu’un tel phénomène est compris, les prochaines
étapes viseront à trouver le moyen de bloquer
efficacement l’action de l’IDO. Le cancer demeure un
mécanisme complexe et il est plus que probable que ce
processus particulier ne soit pas le principal, ni le seul en
cause. À terme, le blocage de l’IDO pourrait
être utilisé en dernière intention, par exemple
quand les traitements conventionnels de
chirurgie, de chimiothérapie ou de radiothérapie ont
échoué, comme chez 15 % des patientes atteintes
d’un cancer du sein.
En
collaboration avec des cliniciens en immunooncologie, Réjean
Lapointe souhaite poursuivre ses travaux sur l’IDO et
les
lymphocytes T, éventuellement dans le traitement des cancers
réfractaires comme ceux du rein et du sein.
|