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Volume 2 - numéro 2, mai 2010

 
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  Réjean Lapointe
 

Par Dalila Benhaberou-Brun

Un pas de plus vers un vaccin contre le cancer

Un vaccin contre le cancer ? Utiliser notre système immunitaire contre les tumeurs ? L’idée est très attirante et plusieurs chercheurs y travaillent déjà. Or, même s’ils ont pu développer des vaccins qui stimulent une réponse immunitaire, leurs travaux n’ont que très rarement mené à une régression des tumeurs. En janvier 2010, Réjean Lapointe et son équipe en immuno-oncologie du CRCHUM ont publié un article dans le « Journal of Immunology » qui a mis en évidence un mécanisme nouveau dans le processus cancéreux.

LE RÔLE DU SYSTÈME IMMUNITAIRE

Le système immunitaire nous défend contre les maladies infectieuses, virales ou bactériennes, grâce à des cellules dites « tueuses », les lymphocytes T. La vaccination utilise un processus de défense analogue, avec ses substances capables de combattre les cellules indésirables et même les éliminer. Ainsi, des vaccins ont permis d’éradiquer totalement plusieurs maladies, dont la variole par exemple.

Lorsqu’une personne est atteinte du cancer (une personne sur trois développera un cancer au cours de sa vie), « c’est comme si nos protections naturelles n’avaient pas fonctionné, comme si les cellules cancéreuses avaient traversé les mailles du filet et que les lymphocytes T avaient failli à la tâche », déclare Réjean Lapointe. Un vaccin thérapeutique peut-il alors être envisagé ?

LA VACCINATION ET LE CANCER : DES PISTES ENCOURAGEANTES ?

Plusieurs variantes de vaccination ont été testées au cours des dernières années pour tenter de traiter des cancers. « Et les expériences ont démontré une réponse immunitaire claire », précise Réjean Lapointe. Cependant, malgré l’utilisation de substances et d’adjuvants puissants, « la vaccination anticancéreuse ne fonctionne toujours pas comme nous le souhaitons » puisque les cancers n’ont pas régressé, encore moins disparu.

COMPRENDRE LA BIOLOGIE DES TUMEURS

Dans des tumeurs prélevées sur des tissus humains du sein et du rein, « nous avons évalué comment les cellules cancéreuses se comportaient en présence des lymphocytes T », explique Réjean Lapointe. Dans l’expérience réalisée par une étudiante au doctorat, Jessica Godin,l’objectif était d’observer et de vérifier comment les cellules cancéreuses pouvaient empêcher le système immunitaire (en l’occurrence les lymphocytes T) d’exécuter son rôle protecteur. « Ça paraît simple, mais c’est un processus extrêmement long, lourd et compliqué », avoue Réjean Lapointe. On se serait attendu à ce qu’il n’y ait pas ou peu de réaction immunitaire dans le tissu cancéreux; cette absence signalerait un processus de protection déficient et paradoxalement, c’est le contraire qui se produit – les lymphocytes T sont bel et bien activés mais ne jouent cependant pas leur rôle.

Cette expérience a permis une découverte très intéressante concernant le rôle de la protéine IDO. Cette protéine jouerait un rôle semblable à un interrupteur fermé, qui neutraliserait les lymphocytes T, les rendant inactifs, et permettant ainsi qu’un cancer se développe « en toute impunité ». L’IDO est déjà connue chez le foetus qui la produit pour contrer le rejet éventuel de l’organisme de sa mère. « C’est donc un phénomène naturel que nous avons mis en évidence dans la prolifération cancéreuse », reconnaît Réjean Lapointe. L’originalité de cette étude repose sur le fait que c’est la première fois qu’un tel lien est établi entre l’IDO induit dans les cellules cancéreuses et les lymphocytes T activés. 

VERS UNE APPLICATION CLINIQUE

« Je ne prétends pas avoir LA solution,et le vaccin est encore loin ! », déclare le chercheur. Maintenant qu’un tel phénomène est compris, les prochaines étapes viseront à trouver le moyen de bloquer efficacement l’action de l’IDO. Le cancer demeure un mécanisme complexe et il est plus que probable que ce processus particulier ne soit pas le principal, ni le seul en cause. À terme, le blocage de l’IDO pourrait être utilisé en dernière intention, par exemple quand les traitements conventionnels de
chirurgie, de chimiothérapie ou de radiothérapie ont échoué, comme chez 15 % des patientes atteintes d’un cancer du sein.

En collaboration avec des cliniciens en immunooncologie, Réjean Lapointe souhaite poursuivre ses travaux sur l’IDO et les lymphocytes T, éventuellement dans le traitement des cancers réfractaires comme ceux du rein et du sein.


 

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