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Volume 2 - numéro 2, mai 2010

 
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  Dr Vinh-Kim Nguyen
 
Par Dalila Benhaberou-Brun

Les programmes VIH-SIDA en Afrique : les effets pervers d’un succès

Depuis 20 ans, les pays occidentaux ont apporté une aide importante en Afrique de l’Ouest contre la pandémie du VIH-SIDA. Ces interventions ont porté leurs fruits, des vies ont été sauvées, mais des effets secondaires imprévus fragilisent un système de santé déjà précaire. C’est sur ces impacts que s’interroge le Dr Vinh-Kim Nguyen, chercheur au CRCHUM et spécialiste du VIH-SIDA.

AGIR AU NOM DE LA VIE

Arguant que les médicaments coûtaient trop cher, que les Africains ne suivraient pas leur traitement et que, finalement, soigner les patients serait trop compliqué, les intervenants occidentaux ONUSIDA (Programme commun des Nations Unies sur le VIH-SIDA), OMS
(Organisation mondiale de la Santé), etc.) ont choisi la prévention au début des années 1990. L’épidémie n’a pas été enrayée pour autant. Le tollé mondial dénonçant la situation catastrophique en Afrique et la libéralisation des prix des antirétroviraux (chute de 95 %), ont entraîné une volte-face. Les Africains étaient enfin en droit de profiter des mêmes moyens que les Occidentaux!

La cause est noble et les enjeux immenses. Moins de gens meurent aujourd’hui et certains pays, comme l’Inde, en ont profité pour développer une véritable industrie du médicament !
Et pourtant, le Dr Nguyen ne peut s’empêcher de dénoncer les effets pervers de cette situation. 

L'ÉMERGENCE DE NOUVEAUX BESOINS

Soigner de cette manière, malgré les résultats encourageants, n’est pas la meilleure solution !
« Oui, nous avons littéralement sauvé des vies, mais nous n’avons pas réglé le problème pour autant. Les personnes qui survivent à l’épidémie de SIDA vont, sans conteste, beaucoup
mieux », soutient le Dr Nguyen. Mais il en résulte des besoins que personne n’avait anticipés. Des gens en bonne santé ont faim, cherchent du travail et souhaitent éduquer leurs enfants, ils veulent simplement « vivre ».

Les gouvernements africains ont tiré profit de la situation. Personne ne peut leur reprocher d’avoir avalisé cette aide providentielle ! Pourtant, régir ces populations, qui peuvent à nouveau espérer, demeure un problème mondial qui doit être géré par les autorités locales. L’Afrique ne possède pas les ressources pour s’occuper adéquatement de ses « survivants », qui viennent saturer un système de santé déjà faible. À quoi sert de sauver des femmes si celles-ci meurent lorsqu’elles accouchent à cause de conditions d’hygiène lamentables dans les maternités ?

UNE HYPOTHÈSE PARADOXALE

Dire que les programmes VIH-SIDA ont aussi entraîné des effets négatifs n’est pas « politiquement correct » ! Pourtant, cette hypothèse est validée par de nombreux intervenants de terrain comme le Dr Nguyen. En santé publique, l’objectif est d’améliorer l’état de santé des populations. En anthropologie, l’optique change complètement ! On se rend compte que la survie biologique peut poser problème. « Les gens traités se sentent comme du bétail à qui l’on donne des médicaments », révèle le Dr Nguyen. Avec leur « pouvoir de faire vivre », les organismes internationaux n’ont pas forcément prévu les effets de leurs interventions. Les montants exorbitants investis répondent à certains besoins de santé. « Donner de l’argent est différent de s’investir sur le terrain »; cela pose ainsi la question des impacts réels des programmes menés en Afrique. « On m’a souvent dit que les séropositifs sont mieux considérésque les personnes saines ! ». La logique occidentale n’est pas comprise,encore moins admise par les Africains. Quand le Dr Nguyen présente ses arguments lors des colloques, il rencontre deux types de réactions. « Les Africains sont contents que quelqu’un dise à haute voix ce qu’il pense; et les autres (les Européens) sont horrifiés et découragés ! »

Sans chercher à juger les intervenants, le Dr Nguyen se dit inquiet de la lourdeur et de la rigidité des structures mises en place et gérées par des acteurs étrangers. Cela a mené à la déresponsabilisation des acteurs locaux – les Africains; ce sont eux qui doivent prendre en charge la santé globale au sein de structures pérennes, dans une logique strictement africaine. « Imaginez que l’administration Obama vienne régler notre problème d’engorgement des urgences ou la liste d’attente des chirurgies de la hanche au Québec ! », suggère le Dr Nguyen. Que diraient les Québécois qui attendent d’être opérés ou la population en général ? Pourquoi agir ainsi en Afrique de l’Ouest serait-il plus acceptable ?


 

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