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Volume 1 - numéro 3, juillet 2009

 
Archives À propos de Recherche CRCHUM
 
 

Manon Choinière

 


La douleur chronique : un paradoxe qui fait mal

Environ une personne sur cinq souffre de douleur chronique et ce nombre augmente de façon alarmante au fur et à mesure que la population vieillit. Or, la douleur chronique est souvent mal diagnostiquée et traitée parce qu’elle est mal connue et reconnue. Elle a pourtant des conséquences dramatiques sur la qualité de vie et des impacts socio-économiques majeurs. Ce paradoxe est au coeur des travaux de Manon Choinière, directrice du groupe de recherche sur la douleur du CRCHUM.

Avec son équipe de collaborateurs, elle a démarré le projet ACCORD pour développer et valider des stratégies efficaces d’échange et de transfert de connaissances entre les chercheurs, les professionnels de la santé, les patients et les décideurs politiques.

RECONNAÎTRE LA MALADIE

C’est la première fois qu’un programme de recherche sur l’échange et l’application des connaissances (EAC) porte sur la douleur chronique (DC). Cette approche est particulièrement adaptée pour introduire des changements significatifs dans les perceptions et les traitements de cette maladie. Contrairement à certains préjugés, la DC n’est pas un simple symptôme mais elle est bel et bien une maladie caractérisée par un désordre du système nerveux. En effet, quand la douleur se prolonge au-delà du délai normal de guérison sur une durée de plus de six mois et qu’elle sévit plus d’une fois par semaine, elle devient chronique et elle doit être reconnue et traitée comme n’importe quelle autre maladie. Il en est de même pour la douleur associée à certains types de désordres chroniques tels que la fibromyalgie ou l’ostéoarthrite. « Mon rêve, c’est que, dans cinq ans, la douleur chronique ait la même visibilité que le cancer du sein », souhaite Manon Choinière.

FAVORISER L’ACCÈS AU TRAITEMENT

« Actuellement, les cliniciens de première ligne ne sont pas suffisamment formés ou outillés pour diagnostiquer et traiter adéquatement ces douleurs qu’ils connaissent mal, ce qui isole les patients dans leur quête de traitement. Visites répétées à l’urgence, tests, analyses et médicaments de toutes sortes : c’est souvent le lot des personnes souffrant de DC qui n’ont pas la chance d’avoir accès aux trop rares cliniques spécialisées dans le traitement de la douleur chronique.

Or, quand la douleur n’est pas traitée en temps utile, sa sévérité augmente et la situation dégénère d’autant : graves problèmes de sommeil, impacts sur la vie familiale, sociale et sexuelle et pertes de productivité sont des séquelles fréquentes. Les troubles anxieux et dépressifs sont quatre fois plus élevés chez les personnes souffrant de DC qui sont deux fois plus à risque de décès par suicide.


ENCOURAGER LA PARTICIPATION ACTIVE DU PATIENT

Mais il y a une bonne nouvelle : cette maladie très envahissante peut être contrôlée de concert avec le patient. Pour être efficaces, les médicaments doivent être combinés à des outils d’autogestion de la douleur et des émotions/cognitions de même qu’à une bonne hygiène de sommeil et des programmes appropriés d’exercices. Des recherches prouvent que l’autogestion de la DC donne des résultats. Le projet ACCORD, financé par les Instituts de recherche en santé du Canada vise à renforcer l’accessibilité et la qualité des soins en formant et outillant plus adéquatement les intervenants de première ligne. Ainsi pourront-ils participer, de concert avec des experts en douleur, des gestionnaires et des patients atteints de DC, au développement, à la validation et à l’implantation de stratégies novatrices d’EAC pour la prévention, le diagnostic et la prise en charge interdisciplinaire de la DC chez l’adulte et la personne âgée. L’impact et l’efficacité des interventions mises en place seront évalués aux plans clinique, social et économique. Un deuxième grand volet vise la mise en place de programmes d’éducation et de sensibilisation afin de corriger certaines croyances et préjugés au sujet de la DC et de son traitement.

CHANGER LES MENTALITÉS 

En encourageant la concertation et l’échange de connaissances au sein de la grande communauté de patients,d’intervenants et de gestionnaires interpellés par le domaine de la DC, le projet ACCORD devrait vraisemblablement contribuer à changer les mentalités en regard de la prévention et de la prise en charge de cette maladie. En travaillant ainsi à l’amélioration de la qualité et de l’efficacité des soins, l’équipe de Manon Choinière est consciente de jeter des assises fondamentales pour l’avenir : « On estime que la prévalence de la douleur chronique augmentera de 70 % d’ici 2025, avec le vieillissement de la population. Nous espérons qu’alors, les préjugés voulant que ce soit « normal » que les personnes âgées endurent inutilement des douleurs seront bel et bien chose du passé ! » conclut-elle avec conviction.



 

  

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