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Avec son équipe de collaborateurs, elle a
démarré le projet ACCORD pour développer et
valider des stratégies efficaces d’échange et
de transfert de connaissances entre les chercheurs, les
professionnels de la santé, les patients et les
décideurs politiques.
RECONNAÎTRE LA MALADIE
C’est la première fois qu’un programme de
recherche sur l’échange et l’application des
connaissances (EAC) porte sur la douleur chronique (DC). Cette
approche est particulièrement adaptée pour introduire
des changements significatifs dans les perceptions et les
traitements de cette maladie. Contrairement à certains
préjugés, la DC n’est pas un simple
symptôme mais elle est bel et bien une maladie
caractérisée par un désordre du système
nerveux. En effet, quand la douleur se prolonge au-delà du
délai normal de guérison sur une durée de plus
de six mois et qu’elle sévit plus d’une fois par
semaine, elle devient chronique et elle doit être reconnue et
traitée comme n’importe quelle autre maladie. Il en
est de même pour la douleur associée à certains
types de désordres chroniques tels que la fibromyalgie ou
l’ostéoarthrite. « Mon rêve, c’est
que, dans cinq ans, la douleur chronique ait la même
visibilité que le cancer du sein », souhaite Manon
Choinière.
FAVORISER L’ACCÈS AU TRAITEMENT
«
Actuellement, les cliniciens de première ligne ne sont pas
suffisamment formés ou outillés pour diagnostiquer et
traiter adéquatement ces douleurs qu’ils connaissent
mal, ce qui isole les patients dans leur quête de traitement.
Visites répétées à l’urgence,
tests, analyses et médicaments de toutes sortes :
c’est souvent le lot des personnes souffrant de DC qui
n’ont pas la chance d’avoir accès aux trop rares
cliniques spécialisées dans le traitement de la
douleur chronique.
Or, quand la douleur n’est pas traitée en temps
utile, sa sévérité augmente et la situation
dégénère d’autant : graves
problèmes de sommeil, impacts sur la vie familiale, sociale
et sexuelle et pertes de productivité sont des
séquelles fréquentes. Les troubles anxieux et
dépressifs sont quatre fois plus élevés chez
les personnes souffrant de DC qui sont deux fois plus à
risque de décès par suicide.
ENCOURAGER LA PARTICIPATION ACTIVE DU PATIENT
Mais il y a une bonne nouvelle : cette maladie très
envahissante peut être contrôlée de concert avec
le patient. Pour être efficaces, les médicaments
doivent être combinés à des outils
d’autogestion de la douleur et des émotions/cognitions
de même qu’à une bonne hygiène de sommeil
et des programmes appropriés d’exercices. Des
recherches prouvent que l’autogestion de la DC donne des
résultats. Le projet ACCORD, financé par les
Instituts de recherche en santé du Canada vise à
renforcer l’accessibilité et la qualité des
soins en formant et outillant plus adéquatement les
intervenants de première ligne. Ainsi pourront-ils
participer, de concert avec des experts en douleur, des
gestionnaires et des patients atteints de DC, au
développement, à la validation et à
l’implantation de stratégies novatrices d’EAC
pour la prévention, le diagnostic et la prise en charge
interdisciplinaire de la DC chez l’adulte et la personne
âgée. L’impact et l’efficacité des
interventions mises en place seront évalués aux plans
clinique, social et économique. Un deuxième grand
volet vise la mise en place de programmes d’éducation
et de sensibilisation afin de corriger certaines croyances et
préjugés au sujet de la DC et de son
traitement.
CHANGER LES MENTALITÉS
En encourageant la concertation et l’échange de
connaissances au sein de la grande communauté de
patients,d’intervenants et de gestionnaires
interpellés par le domaine de la DC, le projet ACCORD
devrait vraisemblablement contribuer à changer les
mentalités en regard de la prévention et de la prise
en charge de cette maladie. En travaillant ainsi à
l’amélioration de la qualité et de
l’efficacité des soins, l’équipe de Manon
Choinière est consciente de jeter des assises fondamentales
pour l’avenir : « On estime que la prévalence de
la douleur chronique augmentera de 70 % d’ici 2025, avec le
vieillissement de la population. Nous espérons
qu’alors, les préjugés voulant que ce soit
« normal » que les personnes âgées
endurent inutilement des douleurs seront bel et bien chose du
passé ! » conclut-elle avec conviction.

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