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Volume 4 numéro 1 - janvier 2012

 
ArchivesÀ propos de Recherche CRCHUM
 
  Dre Anne-Marie Mes-Masson
 

Par Liliane Besner

Vers une révolution dans le diagnostic et le traitement du cancer de l’ovaire

Le cancer de l’ovaire arrive au cinquième rang des causes de mortalité reliées au cancer en Occident. En 2011, environ 2 600 nouveaux cas ont été diagnostiqués au Canada. Sournois et silencieux, ce cancer se développe souvent avec des symptômes plutôt vagues et non spécifiques. Plus de 70 % des cancers de l’ovaire sont diagnostiqués à un stade déjà avancé et, bien que les femmes puissent vivre plus longtemps avec cette maladie, on ne constate aucun progrès dans le taux global de survie.

 

Une vaste initiative pancanadienne subventionnée par l’Institut de recherche Terry-Fox et le Partenariat canadien contre le cancer ouvre la voie à de nouvelles façons de diagnostiquer et de traiter cet ennemi récalcitrant.

Pilotée conjointement par les Dres Anne-Marie Mes-Masson et Diane Provencher, du CRCHUM, et le Dr David Huntsman, du BC Cancer Society, cette initiative identifiera de nouveaux indicateurs fiables (biomarqueurs) pour mieux déterminer le meilleur traitement selon le type de cancer et ainsi améliorer le résultat et la qualité de vie de la patiente. Ce projet regroupe 35 des meilleurs chercheurs et cliniciens du Canada afin de mettre sur pied un réseau partagé de banques de tissus humains provenant des échantillons de patientes. L’idée derrière ce réseau est d’accélérer le rythme de la recherche et des progrès thérapeutiques en mettant en commun des ressources et des expertises, en vue de transférer aux cliniciens de nouveaux outils pour faciliter la prise de décision.

RÉSISTANCE AUX TRAITEMENTS

Les cliniciens qualifient le cancer de l’ovaire de maladie chronique, puisqu’il est sans cure connue. Au cours des 50 dernières années, le décès a pu être repoussé de quelques années, sans plus. Le tiers des cancers résiste aux traitements standards de première intention – une combinaison de chirurgie et de chimiothérapie (platine/taxane) – et ces patientes n’en tirent aucun bénéfice. Le défi est donc d’identifier les patientes qui ne sont pas susceptibles de répondre à ces traitements et de les diriger vers d’autres types de thérapies.

UN CANCER, SIX FORMES DIFFÉRENTES

Le cancer de l’ovaire peut varier d’une femme à l’autre. La diversité de réponses thérapeutiques a mené les chercheurs à identifier six sous-types différents de cette maladie. De plus, chacun des carcinomes peut présenter un degré variable de malignité et d’étendue dans la région pelvienne en fonction du stade où il a été diagnostiqué. En prime, il est susceptible de réagir différemment à un traitement donné. Voilà beaucoup de combinaisons possibles de maladies et de traitements. D’où l’importance de les catégoriser avec certitude. « Tant et aussi longtemps qu’un seul traitement était disponible, la nécessité de stratifier les cancers des patientes ne se posait pas. Or, avec l’introduction sans cesse de nouvelles thérapies, nous devons trouver des outils qui pourront nous aider à optimiser l’adéquation entre la patiente et le meilleur traitement pour sa maladie », explique la Dre Mes-Masson.

VERS UNE MÉDECINE INDIVIDUALISÉE

Cette initiative vise la validation de biomarqueurs, afin de permettre le développement d’outils diagnostiques fiables et pouvant prédire avec exactitude la réponse au traitement, pour pouvoir proposer la thérapie appropriée au sous-type et au stade du cancer. Ce faisant, l’ère d’un traitement unique pour toutes les patientes et des interventions inutiles prendra fin. Le traitement sur mesure ouvre la voie à la médecine individualisée. « Il n’y a pas encore de recette magique pour chaque cas de cancer, même si c’est le rêve de la médecine personnalisée, mais tous les chercheurs et cliniciens visent cet idéal », dit la Dre Mes-Masson.

VERS UN NOUVEAU MODÈLE DE RECHERCHE 

La collaboration est essentielle dans cette quête aux traitements personnalisés. Ainsi, cette initiative a incité les chercheurs et les cliniciens à unir leurs forces comme jamais auparavant. La première phase de la recherche a représenté un défi colossal : celui de jeter les bases d’une collaboration solide entre neuf centres de recherche dans autant de villes du Canada. La première étape – la mise sur pied d’un dépositoire mettant en lien diverses banques de tissus contenant des échantillons de haute qualité – a été franchie avec succès. De plus, la communauté de cliniciens, de chercheurs et de pathologistes a dû accepter le partage de la propriété intellectuelle et de la notoriété des résultats de ce projet, un point très sensible dans la communauté scientifique. Cette unanimité représente un changement de perspective radical : « Je pense que ce travail d’équipe est un modèle pour l’avenir, car il change la façon de faire de la science; avant, on travaillait en solo, chacun pour soi, mais ce n’est plus possible maintenant », constate la Dre Mes-Masson.

Bien que sans précédent et allant à l’encontre des façons de faire traditionnelles, cette approche altruiste est de plus en plus acceptée par les chercheurs et les cliniciens. À la lumière du succès organisationnel qu’a connu le projet à ce jour, la Dre Mes-Masson est optimiste et tient à rappeler l’apport des patientes : « Tout ce travail est possible grâce aux ex-patientes qui nous ont fait confiance en nous permettant d’utiliser leurs données à des fins de recherche; si elles étaient là aujourd’hui, elles seraient sûrement très fières de voir les efforts que nous déployons afin de mieux traiter les futures patientes atteintes de ce cancer au Canada et partout dans le monde. »  

 

 

 

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