|
Une vaste initiative pancanadienne subventionnée par
l’Institut de recherche Terry-Fox et le Partenariat canadien
contre le cancer ouvre la voie à de nouvelles façons
de diagnostiquer et de traiter cet ennemi
récalcitrant.
Pilotée conjointement par les Dres Anne-Marie Mes-Masson et
Diane Provencher, du CRCHUM, et le Dr David Huntsman, du BC Cancer
Society, cette initiative identifiera de nouveaux indicateurs
fiables (biomarqueurs) pour mieux déterminer le meilleur
traitement selon le type de cancer et ainsi améliorer le
résultat et la qualité de vie de la patiente. Ce
projet regroupe 35 des meilleurs chercheurs et cliniciens du Canada
afin de mettre sur pied un réseau partagé de banques
de tissus humains provenant des échantillons de patientes.
L’idée derrière ce réseau est
d’accélérer le rythme de la recherche et des
progrès thérapeutiques en mettant en commun des
ressources et des expertises, en vue de transférer aux
cliniciens de nouveaux outils pour faciliter la prise de
décision.
RÉSISTANCE AUX TRAITEMENTS
Les cliniciens qualifient le cancer de l’ovaire de maladie
chronique, puisqu’il est sans cure connue. Au cours des 50
dernières années, le décès a pu
être repoussé de quelques années, sans plus. Le
tiers des cancers résiste aux traitements standards de
première intention – une combinaison de chirurgie et
de chimiothérapie (platine/taxane) – et ces patientes
n’en tirent aucun bénéfice. Le défi est
donc d’identifier les patientes qui ne sont pas susceptibles
de répondre à ces traitements et de les diriger vers
d’autres types de thérapies.
UN CANCER, SIX FORMES DIFFÉRENTES
Le cancer de l’ovaire peut varier d’une femme à
l’autre. La diversité de réponses
thérapeutiques a mené les chercheurs à
identifier six sous-types différents de cette maladie. De
plus, chacun des carcinomes peut présenter un degré
variable de malignité et d’étendue dans la
région pelvienne en fonction du stade où il a
été diagnostiqué. En prime, il est susceptible
de réagir différemment à un traitement
donné. Voilà beaucoup de combinaisons possibles de
maladies et de traitements. D’où l’importance de
les catégoriser avec certitude. « Tant et aussi
longtemps qu’un seul traitement était disponible, la
nécessité de stratifier les cancers des patientes ne
se posait pas. Or, avec l’introduction sans cesse de
nouvelles thérapies, nous devons trouver des outils qui
pourront nous aider à optimiser l’adéquation
entre la patiente et le meilleur traitement pour sa maladie
», explique la Dre Mes-Masson.
VERS UNE MÉDECINE INDIVIDUALISÉE
Cette initiative vise la validation de biomarqueurs, afin de
permettre le développement d’outils diagnostiques
fiables et pouvant prédire avec exactitude la réponse
au traitement, pour pouvoir proposer la thérapie
appropriée au sous-type et au stade du cancer. Ce faisant,
l’ère d’un traitement unique pour toutes les
patientes et des interventions inutiles prendra fin. Le traitement
sur mesure ouvre la voie à la médecine
individualisée. « Il n’y a pas encore de recette
magique pour chaque cas de cancer, même si c’est le
rêve de la médecine personnalisée, mais tous
les chercheurs et cliniciens visent cet idéal », dit
la Dre Mes-Masson.
VERS UN NOUVEAU MODÈLE DE RECHERCHE
La collaboration est essentielle dans cette quête aux
traitements personnalisés. Ainsi, cette initiative a
incité les chercheurs et les cliniciens à unir leurs
forces comme jamais auparavant. La première phase de la
recherche a représenté un défi colossal :
celui de jeter les bases d’une collaboration solide entre
neuf centres de recherche dans autant de villes du Canada. La
première étape – la mise sur pied d’un
dépositoire mettant en lien diverses banques de tissus
contenant des échantillons de haute qualité – a
été franchie avec succès. De plus, la
communauté de cliniciens, de chercheurs et de pathologistes
a dû accepter le partage de la propriété
intellectuelle et de la notoriété des
résultats de ce projet, un point très sensible dans
la communauté scientifique. Cette unanimité
représente un changement de perspective radical : « Je
pense que ce travail d’équipe est un modèle
pour l’avenir, car il change la façon de faire de la
science; avant, on travaillait en solo, chacun pour soi, mais ce
n’est plus possible maintenant », constate la Dre
Mes-Masson.
Bien que sans précédent et allant à
l’encontre des façons de faire traditionnelles, cette
approche altruiste est de plus en plus acceptée par les
chercheurs et les cliniciens. À la lumière du
succès organisationnel qu’a connu le projet à
ce jour, la Dre Mes-Masson est optimiste et tient à rappeler
l’apport des patientes : « Tout ce travail est possible
grâce aux ex-patientes qui nous ont fait confiance en nous
permettant d’utiliser leurs données à des fins
de recherche; si elles étaient là aujourd’hui,
elles seraient sûrement très fières de voir les
efforts que nous déployons afin de mieux traiter les futures
patientes atteintes de ce cancer au Canada et partout dans le
monde. »
|