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Volume 4 - numéro 1, janvier 2012

 
ArchivesÀ propos de Recherche CRCHUM
 
  Dr Francis Rodier
 
Par Liliane Besner

Vers une réduction de la toxicité des traitements du cancer du col de l’utérus ?

Le cancer du col de l’utérus est le deuxième cancer féminin le plus fréquent dans le monde, après le cancer du sein. Il présente la particularité de toucher des femmes encore jeunes, dès la quarantaine. Comme il se développe lentement, il peut heureusement être dépisté tôt, au stade de pré-cancer, par un test Pap de routine; le traitement par chirurgie est un succès dans la majorité de ces cas.


Certains pré-cancers évoluent toutefois à des stades avancés, nécessitant des traitements de radiothérapie et/ou de chimiothérapie dont les effets secondaires peuvent être mortels. D’où la détermination du Dr Francis Rodier, chercheur au CRCHUM, axe Cancer, de développer une méthode de dépistage plus efficace et une approche thérapeutique novatrice ciblée sur les seules cellules cancéreuses. Il en résulterait une intervention plus efficace et moins agressante avec moins d’effets indésirables.

DÉPISTER LES CELLULES CANCÉREUSES

Certains pré-cancers évoluent toutefois à des stades avancés, nécessitant des traitements de radiothérapie et/ou de chimiothérapie dont les effets secondaires peuvent être mortels. D’où la détermination du Dr Francis Rodier, chercheur au CRCHUM, axe Cancer, de développer une méthode de dépistage plus efficace et une approche thérapeutique novatrice ciblée sur les seules cellules cancéreuses. Il en résulterait une intervention plus efficace et moins agressante avec moins d’effets indésirables.

Dans la quasi-totalité des cas, le cancer du col de l’utérus se développe en
raison d’une infection persistante des virus du papillome humain (VPH), une infection transmise sexuellement (ITS) aussi répandue que sournoise car elle ne présente aucun symptôme. Bien que la plupart des gens ignorent en être infectés, le VPH fabrique des protéines susceptibles d’engendrer des tumeurs, les oncoprotéines E6 et E7. Celles-ci causent l’altération de gènes, ce qui favorise le développement du cancer dans les cellules-hôtes du col de l’utérus.

La chirurgie est actuellement le traitement de première intention pour ce cancer : on procède à une hystérectomie au cours de laquelle on effectue des prélèvements de ganglions sentinelles, qui sont ensuite analysés par histologie et imagerie médicale pour confirmer la présence ou non de métastases. Or, cette approche n’est pas toujours rigoureusement fiable et la chirurgie n’a aucun effet direct sur les métastases. Face à ce problème, le Dr Francis Rodier et sa collègue la Dre Vanessa Samouelian du CHUM travaillent sur l’identification de biomarqueurs pour pouvoir détecter directement les métastases au niveau moléculaire. « La mise au point de cette technique devrait nous permettre de détecter la présence ou non de métastases lors de l’intervention chirurgicale », note le Dr Rodier. De cette manière, seuls les ganglions seront prélevés, ce qui éviterait une hystérectomie lorsqu’une métastase est dépistée. Cette percée serait déjà remarquable, mais le Dr Rodier a d’autres projets sous microscope.

CIBLER LES CELLULES INDÉSIRABLES

La radiothérapie, associée ou non à la chimiothérapie, est le seul traitement recommandé pour les cas de cancers du col avec métastases. En raffinant l’étude des oncogènes viraux E6 et E7 à l’aide de modèles cellulaires, les travaux du Dr Rodier, menés en collaboration avec le département de radiologie, radio-oncologie et de médecine nucléaire du CHUM, visent à identifier des composés chimiques qui sensibilisent à la radiation seulement les cellules exprimant ces gènes responsables du cancer du col de l’utérus en épargnant les tissus sains. Actuellement, les sels de platine utilisés en synergie avec la radiothérapie sont très toxiques pour les systèmes digestif, auditif, neurologique et hématologique, tout comme la radiothérapie, puisque toutes les cellules qui se trouvent sur la trajectoire du faisceau de rayonnement sont irradiées : les cellules saines comme les cellules cancéreuses. Le rein est particulièrement affecté, entre autres, bien qu’il ne soit aucunement en cause dans le cancer.

Si le Dr Rodier arrivait à identifier un composé qui permette de mieux cibler la radiation, il serait possible d’en réduire significativement les doses et les effets secondaires, tout en augmentant l’efficacité du traitement. Le taux de récidive du cancer du col de l’utérus diagnostiqué à un stade avancé est de 20 % en raison de la persistance des cellules cancéreuses. Avec un traitement plus ciblé, on estime que les effets secondaires seront réduits et que le taux de récidive pourrait chuter considérablement après la thérapie primaire.

RETOMBÉES POUR CERTAINS CANCERS ORAUX

Le fruit de ces recherches pourrait bénéficier aussi aux patients atteints de cancers oraux (bouche, pharynx ou voies nasales). Ces cancers sont liés à la présence du VPH dans 20 % à 50 % des cas. Si l’on arrivait à trouver des biomarqueurs permettant de détecter la présence de métastases tout en ciblant plus finement la radiosensibilité des cellules malignes, on pourrait arriver à réduire considérablement les effets secondaires, qui sont encore plus graves dans cette zone critique.

« En ciblant davantage, on pourrait mieux prévoir les effets secondaires et laisser au patient le choix de la zone de traitement, dit le Dr Rodier. Ainsi, la thérapie serait non seulement plus ciblée et plus efficace, mais elle serait plus personnalisée en favorisant l’appropriation du traitement par le patient.» 

 

 

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