Agrandir la taille du texte Diminuer la taille du texte Envoyer à un ami Facile à imprimer
Volume 4 - numéro 2, juin 2012

 
ArchivesÀ propos de Recherche CRCHUM
 
  Stephanie Fulton, Ph.D.
 

La déprime dans son assiette

On le sait, l’obésité peut entraîner de nombreux problèmes de santé – entre autres, des maladies cardiovasculaires, le diabète et même certains types de cancers. Il faut désormais ajouter à cette sombre liste, la dépression et les troubles de l’humeur, des causes majeures d’invalidité pour 121 millions de personnes dans le monde selon l’Organisation mondiale de la Santé. Comment peut-on expliquer que l’épidémie mondiale d’obésité soit maintenant associée à la dépression et aux troubles de l’humeur? Cette question est au centre des recherches de Stephanie Fulton, chercheure au CRCHUM.

SOURIS OBÈSES…

Intriguée par ce lien entre l’obésité et la dépression, la chercheure se demandait si certaines molécules dans le cerveau associées à la dépression pouvaient être affectées par un régime alimentaire riche en gras et en sucre. Sous la supervision de Stephanie Fulton, Sandeep Sharma, un stagiaire postdoctoral au CRCHUM, a testé cette hypothèse chez la souris avec des modèles précliniques fiables pour mesurer des comportements dépressifs et d’anxiété. Pendant 12 semaines, un groupe de souris a reçu une alimentation riche en gras saturés et en sucre afin de les rendre obèses, et un autre groupe a reçu un régime faible en gras. Ensuite, on a procédé à des tests pour évaluer l’état psychologique et émotionnel des souris.

… SOURIS DÉPRIMÉES

Lors d'un test de nage, les souris soumises à un régime riche en gras et en sucre ont été significativement plus passives et luttaient beaucoup moins pour se sortir d’une situation stressante que les souris recevant une alimentation normale. Le même comportement d’anxiété a été observé dans un labyrinthe où les souris avaient le choix d’emprunter des couloirs ouverts ou fermés. Les souris obèses ont passé beaucoup plus de temps à se réfugier dans les couloirs fermés plutôt qu’à explorer les couloirs ouverts, plus fréquentés par le groupe témoin animé de sa curiosité naturelle. Ce comportement d’anxiété s’est aussi confirmé dans une expérience où les souris étaient libérées dans une aire ouverte. Contrairement au groupe témoin, qui explorait la totalité de cette aire, les souris obèses se réfugiaient dans les recoins. « Ces expériences ont permis de confirmer que l’obésité induite par un régime riche en gras et en sucre peut provoquer des comportements dépressifs », explique Stephanie Fulton. Mais pourquoi ?

DÉRÈGLEMENTATION DE LA CIRCUITERIE DU CERVEAU

La réponse met en cause la dopamine et plus particulièrement les cellules de cerveau qui reçoivent la dopamine et d’autres signaux qui affectent les émotions et la sensation de récompense. La nourriture riche en gras et en sucre provoque immédiatement la sécrétion de dopamine, ce qui envoie au cerveau un signal de récompense qui dit essentiellement « J’aime ça et j’en veux encore! ». Le côté sombre de ce phénomène a été dévoilé dans l’étude du cerveau des souris obèses, qui a révélé des changements importants dans les circuits neuronaux responsables de la récompense et des émotions. En fait, Sandeep  Sharma a constaté des changements dans le système limbique, la région du cerveau qui contrôle les émotions dont le plaisir immédiat associé à la consommation de nourriture riche en gras et en sucre. Plus précisément, il a noté que l’expression de certaines protéines jouant un rôle important dans le « câblage » du cerveau a été altérée. Or, ces mêmes altérations se retrouvent dans les mêmes régions du cerveau des toxicomanes et des dépressifs.

VULNÉRABILITÉ AU STRESS

Lorsqu’immobilisées, les souris obèses nourries d’aliments riches en gras et en sucre sécrètent un niveau de corticostérone, l’hormone du stress, beaucoup plus élevé que les souris normales, indiquant ainsi leur faible résistance aux situations anxiogènes. D’ailleurs, d’autres chercheurs ont démontré une réponse similaire chez l’humain face à des situations stressantes semblables.

« Interprétés par le cerveau comme une source de plaisir, à long terme les aliments gras et sucrés peuvent entraîner un déplaisir chronique et des émotions négatives », explique Stephanie Fulton. Les frites et les millefeuilles seraient-ils déprimants, à la longue? Elle souhaite refaire les mêmes expériences afin de déterminer les différences entre les gras saturés, comme l’huile de palme, fort utilisée dans les pâtisseries notamment, et l’huile d’olive. On souhaite que l’huile d’olive en ressorte blanchie de tout soupçon... Mais qui veut manger un millefeuille à l’huile d’olive? Cela ne fait évidemment pas partie des préoccupations de Stephanie Fulton.

 

 

 

Joindre le CHUM Responsabilités et confidentialité Droits d'auteur Production et réalisation