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Stephanie Fulton, Ph.D. |
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La déprime dans son assiette
On le sait, l’obésité peut entraîner de
nombreux problèmes de santé – entre autres, des
maladies cardiovasculaires, le diabète et même
certains types de cancers. Il faut désormais ajouter
à cette sombre liste, la dépression et les troubles
de l’humeur, des causes majeures d’invalidité
pour 121 millions de personnes dans le monde selon
l’Organisation mondiale de la Santé. Comment peut-on
expliquer que l’épidémie mondiale
d’obésité soit maintenant associée
à la dépression et aux troubles de l’humeur?
Cette question est au centre des recherches de Stephanie Fulton,
chercheure au CRCHUM.
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SOURIS OBÈSES…
Intriguée par ce lien entre l’obésité et
la dépression, la chercheure se demandait si certaines
molécules dans le cerveau associées à la
dépression pouvaient être affectées par un
régime alimentaire riche en gras et en sucre. Sous la
supervision de Stephanie Fulton, Sandeep Sharma, un stagiaire
postdoctoral au CRCHUM, a testé cette hypothèse chez
la souris avec des modèles précliniques fiables pour
mesurer des comportements dépressifs et
d’anxiété. Pendant 12 semaines, un groupe de
souris a reçu une alimentation riche en gras saturés
et en sucre afin de les rendre obèses, et un autre groupe a
reçu un régime faible en gras. Ensuite, on a
procédé à des tests pour évaluer
l’état psychologique et émotionnel des
souris.
… SOURIS DÉPRIMÉES
Lors d'un test de nage, les souris soumises à un
régime riche en gras et en sucre ont été
significativement plus passives et luttaient beaucoup moins pour se
sortir d’une situation stressante que les souris recevant une
alimentation normale. Le même comportement
d’anxiété a été observé
dans un labyrinthe où les souris avaient le choix
d’emprunter des couloirs ouverts ou fermés. Les souris
obèses ont passé beaucoup plus de temps à se
réfugier dans les couloirs fermés plutôt
qu’à explorer les couloirs ouverts, plus
fréquentés par le groupe témoin animé
de sa curiosité naturelle. Ce comportement
d’anxiété s’est aussi confirmé
dans une expérience où les souris étaient
libérées dans une aire ouverte. Contrairement au
groupe témoin, qui explorait la totalité de cette
aire, les souris obèses se réfugiaient dans les
recoins. « Ces expériences ont permis de confirmer que
l’obésité induite par un régime riche en
gras et en sucre peut provoquer des comportements dépressifs
», explique Stephanie Fulton. Mais pourquoi ?
DÉRÈGLEMENTATION DE LA CIRCUITERIE DU CERVEAU
La réponse met en cause la dopamine et plus
particulièrement les cellules de cerveau qui
reçoivent la dopamine et d’autres signaux qui
affectent les émotions et la sensation de récompense.
La nourriture riche en gras et en sucre provoque
immédiatement la sécrétion de dopamine, ce qui
envoie au cerveau un signal de récompense qui dit
essentiellement « J’aime ça et j’en veux
encore! ». Le côté sombre de ce
phénomène a été dévoilé
dans l’étude du cerveau des souris obèses, qui
a révélé des changements importants dans les
circuits neuronaux responsables de la récompense et des
émotions. En fait, Sandeep Sharma a constaté
des changements dans le système limbique, la région
du cerveau qui contrôle les émotions dont le plaisir
immédiat associé à la consommation de
nourriture riche en gras et en sucre. Plus
précisément, il a noté que l’expression
de certaines protéines jouant un rôle important dans
le « câblage » du cerveau a été
altérée. Or, ces mêmes altérations se
retrouvent dans les mêmes régions du cerveau des
toxicomanes et des dépressifs.
VULNÉRABILITÉ AU STRESS
Lorsqu’immobilisées, les souris obèses nourries
d’aliments riches en gras et en sucre sécrètent
un niveau de corticostérone, l’hormone du stress,
beaucoup plus élevé que les souris normales,
indiquant ainsi leur faible résistance aux situations
anxiogènes. D’ailleurs, d’autres chercheurs ont
démontré une réponse similaire chez
l’humain face à des situations stressantes
semblables.
« Interprétés par le cerveau comme une source
de plaisir, à long terme les aliments gras et sucrés
peuvent entraîner un déplaisir chronique et des
émotions négatives », explique Stephanie
Fulton. Les frites et les millefeuilles seraient-ils
déprimants, à la longue? Elle souhaite refaire les
mêmes expériences afin de déterminer les
différences entre les gras saturés, comme
l’huile de palme, fort utilisée dans les
pâtisseries notamment, et l’huile d’olive. On
souhaite que l’huile d’olive en ressorte blanchie de
tout soupçon... Mais qui veut manger un millefeuille
à l’huile d’olive? Cela ne fait
évidemment pas partie des préoccupations de Stephanie
Fulton.
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