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Volume 4 - numéro 2, juin 2012

 
ArchivesÀ propos de Recherche CRCHUM
 
  Dr Jianping Wu
 

Baisse de testostérone = hypertension ?

Un heureux hasard a permis au Dr Jianping Wu, un chercheur au CRCHUM, d’ouvrir une toute nouvelle avenue de recherche qui associe potentiellement l’hypertension à des mutations dans une famille de gènes. Lors de ses recherches sur le système immunitaire, il a observé avec étonnement qu’une anomalie génétique d’un groupe de molécules appelées kinases Eph altérait l’expression d’une autre molécule qui contrôle la pression artérielle chez les souris.

Aucun autre chercheur dans le monde n’avait auparavant identifié cette surprenante interrelation. Au cours des sept dernières années, il a mené des recherches sur ces gènes défectueux dont les effets pernicieux se manifestent seulement lors du vieillissement.

Dans  un groupe de souris modifiées génétiquement pour être porteuses de ces gènes défectueux, le chercheur a découvert un lien entre la hausse de la pression artérielle et une baisse de production d’hormone mâle (testostérone). Par ailleurs, lors des expériences subséquentes menées en éprouvette, il a confirmé que la testostérone semble les protéger d’une augmentation de la pression artérielle.

MUSCLES, ARTÈRES ET ADRÉNALINE

Les kinases en cause ici sont une famille composée de 15 membres et 9 partenaires de liaison. Bien que déjà connus pour leur rôle très important dans le fonctionnement de plusieurs organes et tissus, c’est la première fois qu’ils sont associés à l’hypertension. C’est ce que le Dr Wu a constaté en étudiant la désorganisation génétique de trois membres de cette famille. Il étudie actuellement chacun des autres membres de cette famille de molécules afin de mieux comprendre comment ils font augmenter la pression sanguine. Par ailleurs, la pression artérielle des souris femelles semble être moins affectée par cette mutation.

« Même si nous ne comprenons pas complétement comment les gènes affectent la pression artérielle, nous pouvons dire qu’ils agissent sur deux plans », explique le chercheur. D’abord ils contrôlent l’action des muscles lisses tapissant l’intérieur des artères et affectent leur contraction. Un degré élevé de contraction réduit le périmètre du tube artériel, qui comprime alors le flux sanguin. D’où l’hypertension. Deuxièmement, ces gènes contrôlent aussi la sécrétion de l’adrénaline, dont l’augmentation entraîne une hausse de la pression artérielle.


VERS UN TRAITEMENT HORMONAL DE REMPLACEMENT?

Cette découverte pourrait un jour favoriser l’exploration de nouveaux traitements ciblés pour un sous-groupe de la population masculine présentant des mutations de cette famille de gènes. Dans ce sous-groupe, l’hypertension apparaît en vieillissant, alors que le niveau de testostérone commence à baisser. En théorie, ces hommes pourraient profiter de suppléments hormonaux, qui causeraient peu d’effets secondaires indésirables tout en offrant un traitement sécuritaire contre l’hypertension. Cependant, ce programme de recherche étant de nature fondamentale et exploratoire, il est trop tôt pour affirmer que les résultats obtenus par le Dr Wu sont transférables chez les êtres humains. L’équipe du chercheur est déjà penchée sur cette question.

Par ailleurs, le Dr. Wu prévoit des collaborations avec des généticiens au CRCHUM et ailleurs dans le monde afin de déterminer la proportion d’hommes qui présentent cette mutation génétique afin de trouver une façon de les identifier rapidement. Ainsi, dans l’éventualité où les résultats obtenus chez les souris pourraient effectivement être transférés aux êtres humains, on pourra leur offrir des traitements hormonaux afin de combattre leur hypertension.


HORS DES SENTIERS BATTUS

Auteur de plus d’une centaine d’articles publiés dans des revues scientifiques, le Dr Wu a acquis une réputation scientifique enviable en immunologie, notamment dans le domaine du rejet des greffons et des maladies auto-immunes. Toutefois, cette découverte fortuite d’un lien entre l’hypertension et les hormones mâles est celle dont il est le plus fier. « C’est vraiment excitant de quitter les sentiers battus et découvrir des choses que normalement on ne verrait jamais », déclare le Dr Wu. Bien sûr, des idées nouvelles en science doivent faire leurs preuves, et le chemin d’expérimentation et de validation rigoureuse est long. Mais cette perspective ne semble pas décourager le Dr Wu, qui demeure convaincu qu’il sera un jour en mesure d’apporter de l’aide aux hommes hypertendus. Ce programme de recherche a été rendu possible grâce au soutien de la Fondation J.-L. Lévesque et la collaboration de plusieurs collègues.


 

 

 

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